Sainte Clotilde distribuant des secours aux malades : Peinture
de Désiré François Laugée. Huile
sur toile. Esquisse de la peinture réalisée
dans l’église Sainte Clotilde à Paris.
Collection privée.
Adolphe Viollet-Le-Duc commente ainsi les peintures
murales de Sainte Clotilde exécutées
par Désiré François Laugée :
« Les grandes peintures murales terminées dans
l’église de Sainte Clotilde
par M. D F Laugée viennent d’être découvertes.
Elles occupent les parois latérales de la chapelle
du bras gauche du transept, en pendant avec celles de M.
Lenepveu.
Les deux sujets qu’a choisi M. Laugée
ou qui lui ont été indiqués sont : le
Baptême de Clovis et Sainte Clotilde distribuant des secours
aux malades. Dans un tableau exposé
il y a quelques années, un Saint Louis assistant des
indigents, le talent de Monsieur Laugée
s’était déjà révélé par des
qualités très particulières à l’intelligence
de la peinture décorative, qualités qui n’excluaient
pas le vif sentiment du sujet et la vérité
d’expression. Ici, le peintre a très
heureusement saisi l’occasion de déployer avec plus de largeur
et de force cette condition essentielle de l’art de la peinture
monumentale.
Dans la première composition, l’artiste
a représenté Clovis au centre du bassin
d’eau lustrale ; les pieds seuls sont immergés ; il se courbe
selon la légende traditionnelle : « Mitis, depone
colla, Sicamber ! » A sa gauche, Saint Rémy,
la tête levée vers le ciel, reçoit de la main droite,
la Sainte Ampoule que lui apporte la colombe
; un peu plus loin, les assistants de l’évêque
; à la droite du néophyte, Sainte Clotilde
à genoux avec sa suite ; un peu en arrière, les leudes,
les femmes, et au fond, sur une sorte de tribune qui domine
le baptistère, les guerriers, les
joueurs d’instruments, la foule. Au centre, un héros
tient une bannière avec l’image de saint Martin.
La scène est dominée par une gloire
où siège le Christ entouré de quatre
apôtres.
La seconde surface à droite représente sainte Clotilde
au sommet d’un perron dont les marches coupent diagonalement le tableau.
Un dais protège la Reine, qui est debout ; d’une
main elle puise l’argent dans un coffre, et de l’autre
elle le distribue à des groupes d’hommes et de femmes qui gravissent
les degrés. Au bas du perron est étendu sur un brancard un adolescent
malade. Ceux qui l’ont apporté le soutiennent ou prient à
ses pieds. Un vieux guerrier, vu de dos, présente
un petit enfant à l’une des suivantes de la sainte.
Je le répète, dans la peinture religieuse et
monumentale, il y a deux conditions à remplir : l’expression
de la moralité, du pathétique,
et une autre qui, pour être plus matérielle,
n’est pas moins importante, l’observation de
l’harmonie des lignes et de la couleur dans les relations
de celles-ci avec l’architecture. Beaucoup de nos artistes,
et des meilleurs, ont souvent oublié ce précepte élémentaire.
Ils ont été plutôt préoccupés, comme il
est arrivé récemment à un habile sculpteur,
de terminer une composition d’un caractère isolé,
concentré, personnel et indépendant, qu’une œuvre
qui aurait participé, par la concordance de l’effet, au style
du monument et à son ensemble.
Monsieur Laugée me paraît être un des
artistes de notre temps qui ont le mieux concilié
ces éléments de succès. Son style
lui est bien propre et n’a rien de banal. Les sujets
qu’il a représentés respirent cette simplicité
rustique qui devait présider aux scènes
et aux solennités des époques du christianisme
primitif, sans que cependant il y ait rien d’aride ou de sec dans la
forme. Les expressions sont élevées, mais avec
la rudesse de ces mœurs à peine dégrossies. Sous le chrétien
on devine encore le sauvage. A côté de cette
observation, de ce respect du sujet, le
peintre a très bien assimilé les lignes de
sa composition, son exécution, sa
couleur, sa touche, au style,
au caractère de l’édifice.
Son pinceau est discret et suave comme ces arceaux
et ces ogives qui entourent et dominent la scène.
»