Le jour des pauvres à Nauroy : Peinture
de Désiré François Laugée. Huile
sur toile. Collection privée.
Présentée au Salon de Saint-Quentin de 1885
et commentée, comme suit, dans le « Glaneur
» du 10 mai 1885 par Louis
Albain : « Le Jour des pauvres à Nauroy,
attire l’œil, le retient, le charme et intéresse le cœur.
La scène est d’une simplicité qui, semble-t-il,
la grandit encore. A la ferme. Sur le large seuil, hospitalièrement
ouvert, la fermière – une digne sœur de
la vigneronne de Lhermitte bien qu’elle
soit indiscutablement la fille de Laugée – reçoit
la visite des pauvres vieillards, femmes, enfants et, pour eux, coupe d’un
mouvement surprenant de naturel, de grosses tranches dans la miche appétissante.
D’autres peuvent venir encore car, sur une table, la part de la charité
est faite dans une généreuse mesure. On remplira vos besaces,
malheureux, et l’aumône sera accompagnée du sourire, de
la bonne parole qui en l’enlèvent l’amertume et en décuplent
la valeur pour celui qui la reçoit. La composition
est très fortement comprise ; les personnages enlevés
et peints sur le vif ; l’expression des physionomies
bien humaine. Une belle lumière éclaire la
scène et dore les haillons des pâles loqueteux. Le maître
a fait œuvre de maître, comme
toujours. »
Commentaire par Edmond Deliére au Salon
de 1885 : « Laugée est un peintre
doublé d’un penseur, à un degré
éminent. La femme qui distribue qui distribue du pain aux mendiants
de Nauroy est digne de sa sainte mission. Laugée
a conçu ce type avec la noblesse de son caractère, et les pauvres
secourus n’ont pas à redouter d’humiliations. La charité,
dans cette circonstance, signifie fraternité, le plus beau symbole
de ce monde nouveau.
Et la preuve que c’est bien ici du symbole de la fraternité
qu’il s’agit, c’est que les mendiants soulagés ont
une attitude des plus dignes. Plus tard, si la vie leur sourit, si leur horizon
s’éclaire, ils sauront rendre aux malheureux le service qu’on
leur aura rendu. Ils prodigueront le sentiment de la reconnaissance sans le
dédain qui blesse et qui froisse.
Il y a beaucoup de sentiment dans la toile de Laugée.
Nous ne parlons pas de la couleur. On connaît la manière de l’artiste
et nous n’aurions rien à apprendre à nos lecteurs
à ce sujet. Mais par ce temps de débauche de couleurs,
où il faut se mettre à la nage pour trouver une idée,
on est heureux de rencontrer un artiste qui vous procure
une émotion réelle. »
Son fils Georges
Laugée a également réalisé le tableau
intitulé Le Jour
des Pauvres.